Le portrait
Isabelle Bordry est une entrepreneuse française du numérique, née en 1970 à Nice. Après Yahoo!, où elle dirige la filiale française puis les opérations européennes, elle cofonde en 2007 WebMediaGroup avec Géraldine Le Meur et Orianne Garcia, puis, en 2014, Retency, une société qui mesure l’efficacité publicitaire à partir de données anonymisées. La même année, elle conduit la liste de Nous Citoyens en Île-de-France aux élections européennes. Administratrice de plusieurs sociétés, dont Groupama, elle a été nommée en 2022 au collège de l’Autorité nationale des jeux et participe au Conseil scientifique et de la prospective de la CNIL.
De Hachette Filipacchi à l’équipe européenne de Yahoo!
Diplômée d’un magistère de l’université Paris-Dauphine, Isabelle Bordry commence sa carrière dans le groupe de presse Hachette Filipacchi. En 1997, elle rejoint l’équipe fondatrice de Yahoo! en Europe comme directrice commerciale. Elle est ensuite nommée directrice générale de Yahoo! France, puis devient en 2004 directrice des opérations de Yahoo! Europe.
Elle compte aussi parmi les membres fondateurs de l’IAB et a siégé à la commission multimédia du CNC. Elle quitte Yahoo! avant 2007, année où elle lance sa propre entreprise.
WebMediaGroup et les « digital mums »
En mai 2007, Isabelle Bordry fonde WebMediaGroup avec Géraldine Le Meur, venue de la conférence LeWeb, et Orianne Garcia, venue de Caramail. Elle en est la présidente-directrice générale. La société édite Badiliz, un réseau de petites annonces gratuites destiné aux femmes, Siandso, une place de marché où des créateurs vendent leurs produits, et Maisonfacile. En mars 2011, FrenchWeb résume sa cible d’une formule : les « digital mums ».
D’abord financée par ses fondatrices et par des business angels, dont Pascal Chevallier, de Netbooster, Patrice Magnard, de MaxiCours, et Jean-Louis Servan-Schreiber, la société accueille en juin 2010 Turenne Capital et Promelys Participations, qui y investissent un peu moins de 2 millions d’euros. Le groupe Marie Claire prend ensuite une participation, d’environ 30 % selon Stratégies. Début 2011, WebMediaGroup emploie 35 personnes à Paris, revendique un million de visiteurs uniques et affiche pour 2009 un chiffre d’affaires de 179 000 euros. En mai 2011, il annonce le rachat de Tek Import, un site de vente de mobilier en bois massif et sur mesure.
De 2011 à 2013, elle est aussi administratrice de Femmes & Associés, la société du site Terrafemina. En février 2013, elle revient sur son histoire du Web dans FrenchWeb Story, une série de vidéos de trois minutes où des acteurs de l’Internet français racontent leurs souvenirs.
Nous Citoyens, une candidature aux européennes de 2014
En 2014, Isabelle Bordry s’engage dans Nous Citoyens, un mouvement politique lancé sept mois plus tôt, notamment par l’entrepreneur Denis Payre. Elle conduit sa liste en Île-de-France aux élections européennes. Reçue par FrenchWeb le 23 mai 2014, elle plaide pour un renouvellement du personnel politique : « Il faut changer et élire des chefs d’entreprise ou des salariés. »
De septembre 2014 à juin 2015, elle est l’une des cinq vice-présidents du parti, présidé par Jean-Marie Cavada. En juin 2015, le mouvement se divise sur sa gouvernance et son financement : Isabelle Bordry le quitte, comme Jean-Marie Cavada, la vice-présidente Pascale Luciani et plusieurs délégués régionaux. Elle devient ensuite vice-présidente de Génération citoyens, où elle défend une ligne libérale et sociale sur l’économie et l’emploi. Elle est aussi déléguée du Mouvement européen – France.
Retency, mesurer la publicité sans exposer les données
En 2014, Isabelle Bordry cofonde Retency, une société parisienne spécialisée dans l’anonymisation et le traitement des données. L’entreprise analyse notamment les flux de personnes dans des lieux physiques : des boîtiers installés en magasin détectent les visites, que Retency rapproche ensuite de l’exposition à une campagne publicitaire. Elle compte parmi ses clients Mediatransports, qui lui a confié la mesure du trafic de ses écrans publicitaires dans les gares et les stations de métro.
En 2019, Retency soumet cette méthode, baptisée « Drive to Store », à un audit du CESP, l’organisme interprofessionnel qui contrôle les mesures d’audience des médias. Son comité scientifique juge le procédé satisfaisant, ce que la société annonce le 5 février 2020. Isabelle Bordry y voit pour les annonceurs le moyen de « mesurer l’impact de leurs publicités dans le monde réel et d’ajuster leurs stratégies comme s’ils étaient sur le Web ».
La société étend ensuite sa mesure à la télévision. Le 8 octobre 2025, elle annonce le déploiement de Retency TV Impact, en partenariat avec Orange Advertising, SFR et, désormais, Bouygues Telecom. L’outil croise des données d’exposition aux campagnes télévisées et des données de vente préalablement anonymisées ; Retency revendique une mesure couvrant plus de 8 millions de foyers.
Isabelle Bordry défend ces sujets dans les médias. Dans une chronique au JDN, elle estime que les centres commerciaux disposent désormais des outils pour devenir « des générateurs de visites qualifiées ». En 2024, Les Échos publient sa tribune intitulée « IA : pour un véritable anonymat des données ». Le 28 mai de la même année, elle commente, dans l’émission Tech & Co de BFM Business, la création d’un conseil de surveillance chez OpenAI.
Des conseils d’administration au conseil de prospective de la CNIL
En parallèle, Isabelle Bordry exerce des mandats d’administratrice. Elle siège dès 2008 comme administratrice indépendante au conseil de Netgem, société cotée qui vend des terminaux et des logiciels d’accès à Internet ; son mandat est renouvelé en 2011, puis proposé au renouvellement en 2015. En 2012, elle est aussi administratrice de l’association Renaissance Numérique et, en 2016, du Fonds pour l’innovation numérique de la presse.
Le 19 mai 2016, elle entre au conseil d’administration de Groupama SA, en remplacement d’Odile Roujol. Elle y préside le comité des conventions d’octobre 2016 à juin 2018, puis le comité stratégique, et plus récemment le comité des rémunérations et des nominations. En février 2017, le Journal officiel publie sa nomination au conseil d’administration de la Réunion des musées nationaux et du Grand Palais, où elle succède à Patricia Barbizet ; le mandat est renouvelé en août 2020. En septembre 2022, elle est nommée au collège de l’Autorité nationale des jeux, le régulateur des jeux d’argent, à la place de Wilfried Sand-Zantman. Le 6 mai 2024, Kaufman & Broad la coopte comme administratrice indépendante, après la démission d’Yves Gabriel.
Elle est enfin membre du Conseil scientifique et de la prospective de la CNIL, présidé par Marie-Laure Denis, qui réunit chercheurs, entrepreneurs, juristes et journalistes autour de l’éthique du numérique et de la culture des données. Elle défend un cadre numérique respectueux des droits et de la vie privée des citoyens, ainsi qu’une IA « éthique et transparente ».
Parcours
Et si les centres commerciaux devenaient les Google du monde physique ?
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