Le portrait
Rafi Haladjian est un entrepreneur français du numérique, né en 1961 à Beyrouth et d’origine arménienne. Il est surtout connu pour le Nabaztag, lapin connecté lancé en 2005 par Violet, la société qu’il avait fondée avec Olivier Mével. Venu du Minitel, il a créé en 1994 FranceNet, l’un des premiers fournisseurs d’accès à Internet en France, puis le réseau Wi-Fi Ozone et la société d’objets connectés Sen.se. Cofondateur de l’application audio Juice, il publie en 2023 un essai sur l’histoire des technologies du savoir et intervient depuis en conférence, notamment sur l’intelligence artificielle.
De Beyrouth aux entretiens filmés avec Ionesco
Rafi Haladjian grandit dans la banlieue de Beyrouth. Selon Forwards, il ouvre à 14 ans, en pleine guerre du Liban, un petit laboratoire photo dans son garage, où il développe les clichés des enfants du quartier.
Il débute dans l’audiovisuel : à 21 ans, il tourne avec deux amis un film d’entretien avec Ionesco, financé par 50 000 francs d’économies. Suivent des films consacrés à Italo Calvino en 1984 et à Federico Fellini en 1990. En 1984, étudiant en sémiologie, il découvre aussi le Minitel lors de cours de télématique.
Du Minitel rose à FranceNet
En 1986, selon Wikipédia, il rejoint Publications Nouvelles, fondée par Guy Sitbon, pour y développer le Minitel ; il en devient directeur général en 1987 et la rachète en 1992. Ces services sont des messageries, souvent du « Minitel rose », a-t-il raconté au podcast Monde Numérique. Il cède ses activités Minitel et Audiotel en 1999.
En juin 1994, il lance FranceNet, que FrenchWeb décrit comme le premier opérateur Internet en France. L’heure de connexion coûte d’abord 85 francs, a-t-il rappelé. L’entreprise édite aussi FranceWeb, un annuaire du Web en français, et ouvre en 1995 un second fournisseur d’accès à bas coût, Micronet. À partir de 1998, elle se consacre à la conception et à l’hébergement de sites pour La Redoute, Carrefour, la Société générale, Le Monde ou Le Figaro, et investit dans des centres de données. Rebaptisée Fluxus, elle est vendue à British Telecom en 2001.
Ozone, du Wi-Fi sur les toits de Paris
Quelques mois après cette vente, selon Presse-citron, il fonde Ozone, un réseau Wi-Fi communautaire dont les antennes sont installées sur des toits d’immeubles prêtés par leurs habitants en échange de bande passante. Forwards raconte que les premières sont posées un après-midi, avec quelques amis, pour 200 euros. En février 2007, Ozone revendique la couverture d’environ 60 % de Paris intra-muros et 5 000 utilisateurs, dont 3 000 abonnés. Neuf Cegetel, déjà partenaire, la rachète en mai 2007.
Il théorise cette connexion continue dans De l’inéluctabilité du réseau pervasif, publié en 2005 par la FING, après un livre critique sur l’usage de la suite Microsoft Office en entreprise, Devenez beau, riche et intelligent avec PowerPoint, Excel et Word (2003).
Nabaztag, un lapin aux vies successives
En 2003, il crée Violet avec Olivier Mével pour connecter à Internet les objets du quotidien. Après une lampe, la DAL, vendue près de 800 euros selon Next, la société commercialise en juillet 2005 le Nabaztag, dont le nom vient du mot arménien désignant le lièvre. Relié en Wi-Fi et vendu environ 130 euros, le lapin bouge les oreilles, change de couleur et lit la météo ou les courriels. « Si on peut connecter un lapin, on peut connecter n’importe quoi d’autre », résumait Rafi Haladjian en 2015. En décembre 2006, il annonce à Clubic 70 000 exemplaires vendus, dont 50 000 en France, et présente le Nabaztag/tag, doté d’un micro et d’un lecteur de puces RFID.
Inscrit sur Twitter en novembre 2006 sous le pseudonyme @rafigaro, il y écrit le 23 novembre « Working on Nabaztag/tag ». Challenges écrit en 2022 qu’il « serait le premier utilisateur français » du réseau ; une enquête de Rue89 parue en 2015 cite toutefois un autre Français inscrit dès juillet 2006.
Violet fait faillite en 2009 et passe à Mindscape, puis, selon Presse-citron, à Aldebaran Robotics. Les serveurs des Nabaztag ferment le 28 juillet 2011 ; des serveurs alternatifs développés par la communauté prennent le relais, puis, à partir de 2018, d’anciens de Violet, dont Olivier Mével, conçoivent une carte électronique qui rend les lapins indépendants de tout serveur. Rafi Haladjian a expliqué en 2023 que le repreneur, qu’il désigne comme SoftBank, avait préféré se consacrer à de grands robots comme Nao et Pepper.
Sen.se et Mother, l’internet des objets au quotidien
En 2010, il fonde Sen.se, sa dix-septième entreprise selon Forwards, pour faire des objets connectés des outils de collecte de données. Annoncée en décembre 2013 à 199 euros, Mother est un boîtier en forme de poupée qui reçoit les mesures de petits capteurs, les Motion Cookies, servant à suivre le sommeil, les pas ou la prise de médicaments. Elle est vendue aux particuliers à partir de septembre 2014, et Sen.se obtient deux prix au CES de 2015. Suivent les Peanuts, des capteurs à moins de 15 euros.
En juin 2015, le cabinet Eridanis prend une participation majoritaire dans Sen.se par une augmentation de capital ; Rafi Haladjian garde le reste du capital et continue de diriger l’entreprise. Il dit avoir pris ses distances avec l’internet des objets en 2017, la vision d’un monde entièrement connecté formulée en 2003 ne s’étant pas réalisée. La même année, en avril, il est nommé chevalier de la Légion d’honneur, d’après Wikipédia.
Moralscore, Juice et le « postweb »
En novembre 2018, LCI présente Moralscore, un site fondé par Rafi Haladjian qui note les entreprises de quatre secteurs selon leurs pratiques sociales, environnementales et fiscales, chaque internaute pondérant lui-même les critères. Il dit avoir été poussé par l’agacement que lui inspiraient des start-up comme Uber. Forwards date pour sa part le lancement de 2020.
L’idée de Juice naît en 2017, raconte Maddyness, lors d’un dîner avec un ami qui lui confie avoir besoin d’un appareil auditif : Rafi Haladjian y voit un moyen de souffler des informations à l’oreille. Il s’associe à Stéphane Dadian, formé à la robotique et au traitement du langage à l’université du Michigan, et à Arié Selinger, data scientist passé par le MIT ; Louis Monier, cofondateur d’AltaVista, figure parmi les associés. Juice est cofondée en 2019 selon Wikipédia, en 2020 selon ActuIA ; l’application est pré-lancée en juillet 2021 (JDN) et compose un flux audio personnalisé d’actualités lues par des voix de synthèse, de podcasts et de musique. En juillet 2023, Juice s’associe à la Macif pour diffuser des podcasts de prévention ciblés grâce à l’IA générative.
Il appelle « postweb » cette étape où l’information arrive au moment voulu, sans écran, à la manière d’un GPS. Il la décrit dans Tentative d’épuisement de l’avenir du futur, paru fin octobre 2023 chez Nautilus, dont la fiche précise que l’auteur écrit son prénom sans majuscule. Ces 420 pages, commencées en 2017, mêlent souvenirs et histoire des technologies du savoir. Le Figaro y relève des notes de bas de page « souvent complètement décalées ». En avril 2024, un salon TEDx de Clermont-Ferrand lui est consacré, et TGS France l’invite pour une série de conférences sur l’intelligence artificielle programmées en juin et juillet 2025.
Parcours
On saura que la révolution des objets connectés aura réussi quand on arrêtera de parler d'objets connectés.
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