Le portrait
Tariq Krim est un entrepreneur français du Web, né à Paris le 25 octobre 1972. Il est connu pour avoir créé en 2005 Netvibes, un service de page d’accueil personnalisable, puis Jolicloud, et pour avoir lancé en 2018 le mouvement Slow Web. Passé par le journalisme avant de devenir entrepreneur, il a été nommé en 2013 vice-président du Conseil national du numérique. Il s’exprime régulièrement sur la souveraineté numérique française et européenne, sujet d’un essai publié en 2021. En 2026, il dirige Cybernetica, une publication consacrée aux liens entre technologie et géopolitique.
Une enfance parisienne entre Minitel et BBS
Fils d’un professeur d’économie et d’une professeure d’éducation physique, Tariq Krim grandit dans le quartier du Marais. RFI le présente comme un Français d’origine algérienne, ses parents étant nés de l’autre côté de la Méditerranée. Sur son site, il raconte avoir découvert les réseaux en 1982, en explorant la nuit des banques de données comme The Source depuis l’Apple II universitaire de son père. En 1984, à 12 ans, il monte son premier serveur Minitel en profitant d’expérimentations télématiques menées dans le centre de Paris, puis un serveur BBS.
Il étudie la physique à l’université Paris 7, sur le campus de Jussieu, puis obtient un DEA à l’École nationale supérieure des télécommunications (ENST). Il cite aussi la Harvard Kennedy School parmi ses formations.
De Novamag à GenerationMP3, la musique en ligne comme premier terrain
En 1994, une rencontre avec Jean-François Bizot le conduit à écrire sur la cyberculture dans Novamag. Il poursuit au quotidien économique La Tribune, à Paris puis à San Francisco, d’où il dit avoir couvert les débuts du Web et le lancement du magazine Wired. En 1996, un passage chez Sun Microsystems lui fait découvrir, écrit-il, les prémices de l’informatique en nuage.
En 1999, il crée MPTrois.com, devenu GenerationMP3.com, un site qui suit la diffusion de la musique et des contenus culturels sur Internet. Wikipédia qualifie l’aventure d’échec. Tariq Krim fait remonter à cette période son engagement pour la souveraineté numérique : il dit avoir vu le gouvernement français défendre des plateformes musicales fermées plutôt que le format MP3, conçu en Europe. Il rédige alors un rapport intitulé « Peer to Peer » et conseille des labels indépendants et des producteurs de cinéma sur la distribution par Internet.
Netvibes, une page d’accueil faite de modules
En 2005, il fonde Netvibes avec Florent Frémont, l’un de ses développeurs. Le service propose une page d’accueil que chacun compose de modules alimentés par des flux : blogs, journaux, météo, messageries. En août 2006, Netvibes lève 12 millions d’euros et ouvre un bureau à San Francisco. Wikipédia lui attribue 10 millions d’utilisateurs en 2007, dont la moitié aux États-Unis.
Son site indique qu’en 2007 Netvibes figure parmi les 50 meilleures innovations de l’année retenues par le magazine Time et reçoit un Crunchie Award dans la catégorie des startups internationales. Tariq Krim entre lui-même dans la liste TR35 de la Technology Review, publiée par le MIT, qui distingue des innovateurs de moins de 35 ans ; L’ADN le décrit comme le premier Français à l’avoir reçue. Sa biographie date cette distinction de 2007, Wikipédia de 2008. En 2008, le Forum économique mondial le compte parmi les six Français désignés « Young Global Leaders », et Télécom ParisTech lui remet en avril le prix des technologies de l’information pour la création d’entreprise. Il quitte la direction de Netvibes cette année-là.
Jolicloud, ISAI et le conseil auprès de l’État
Il lance ensuite Jolicloud, un système d’exploitation reposant sur les technologies du Web, qu’il dit avoir cofondé avec Romain Huet. Selon lui, l’entreprise produit le Jolibook, un ordinateur vendu moins de 250 euros et équipé de ce système, JoliOS. Toujours en 2008, il cofonde selon sa biographie ISAI, un fonds réunissant des entrepreneurs de la tech pour financer l’amorçage de startups web et mobiles.
Il a siégé, écrit-il, au comité d’experts sur la neutralité du Net créé par la secrétaire d’État Nathalie Kosciusko-Morizet, et participé à la création de l’eG8, organisé sous la présidence de Nicolas Sarkozy. En janvier 2013, il est nommé pour trois ans vice-président du Conseil national du numérique, chargé de l’écosystème et de l’innovation. En 2013 toujours, il mène pour le Premier ministre une mission sur les talents du numérique ; il dit y avoir recommandé de valoriser les développeurs français, de créer un poste de directeur technique de l’État et d’instaurer un visa pour les talents du numérique. Il estime que ce rapport a contribué à la naissance de la French Tech et du French Tech Visa ; InformatiqueNews cite aussi sa participation aux travaux de la loi pour une République numérique. Le ministère de la Culture le fait chevalier des Arts et des Lettres le 18 janvier 2011, puis officier le 12 mars 2019.
Le Slow Web, contre le design persuasif
En 2018, Tariq Krim lance le mouvement Slow Web. Celui-ci critique les techniques conçues pour retenir l’attention des internautes le plus longtemps possible, la perte de contrôle des données personnelles et le manque de neutralité des plateformes. Interrogé par L’ADN en septembre 2019, il en résume les trois règles : la transparence (l’utilisateur doit comprendre les conséquences de ses actions), des interfaces neutres pour préserver l’attention, et le respect de la vie privée, c’est-à-dire pouvoir rendre le logiciel « inerte » à tout moment. Il compare la démarche à la slow food.
Il porte alors Dissident, un service vendu par abonnement. Son produit Desktop rassemble les contenus dispersés entre Dropbox, Google Drive, Slack ou Facebook ; Library agrège des sources d’information sans tri algorithmique. Dans le même entretien, il dit assister aux « prémices de l’État-plateforme, où les algorithmes détermineront les interactions avec les citoyens ».
De la « grande dépossession » à Cybernetica
En 2021, il diffuse gratuitement sur le site codeforfrance.fr un essai, Lettre à ceux qui veulent faire tourner la France sur l’ordinateur de quelqu’un d’autre. Requiem pour la souveraineté numérique. En septembre 2021, RFI lui consacre un portrait et le reçoit dans l’émission Éco d’ici, éco d’ailleurs. Dans ce portrait, il décrit ce qu’il nomme « la grande dépossession » : le contrôle de pans entiers d’Internet par quelques entreprises et le transfert de la vie numérique dans le cloud. Il oppose une « sorte d’Otan numérique » souhaitée selon lui par l’administration Biden à un environnement européen autonome. La radio annonce alors qu’il s’apprête à lancer une plateforme de souveraineté numérique personnelle appuyée sur des acteurs locaux du cloud.
En juin 2024, InformatiqueNews en fait son « Grand Témoin » du mois, autour de l’idée qu’il existe deux types de souveraineté, l’une fonctionnelle et l’autre territoriale. Le site présente Cybernetica comme sa maison d’édition et son think tank ; sa propre biographie la décrit comme une newsletter de langue française sur la convergence entre technologie et géopolitique. Il y mentionne aussi The Sovereign Way, une structure de conseil stratégique, et un laboratoire d’IA, Human Intention ; sa page de presse cite un laboratoire de recherche produit, Prototype.earth. En 2025, il participe avec Didier Lupfer et Édouard Boccon-Gibod, ancien dirigeant du groupe TF1, à la création de The Media Company, un studio de production qui entend recourir à l’intelligence artificielle pour accélérer la fabrication de films et de séries.
Parcours
Les grandes plateformes sont la junk food de la pensée.
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