Le portrait
Géraldine Le Meur est une entrepreneuse et investisseuse française, qui a aussi la nationalité américaine. Elle travaille dans le numérique depuis 1995 et a créé sa première société à 23 ans. Son nom reste attaché à LeWeb, la conférence qu’elle a cofondée à Paris en 2004 avec Loïc Le Meur, alors son mari, et dont elle a assuré la direction générale pendant une dizaine d’années. Installée à San Francisco en 2007, elle y lance en 2016 The Refiners, un accélérateur pour les startups étrangères, françaises surtout, qui veulent percer aux États-Unis. Depuis 2020, elle est partner chez Frenchfounders, un réseau international de dirigeants francophones dont elle a créé le fonds d’investissement.
Une agence, un hébergeur, puis un studio trop précoce
Diplômée en marketing de Skema Business School, Géraldine Le Meur fonde avec Loïc Le Meur une agence de création de sites internet, B2L, dont elle est directrice marketing et qui rejoint ensuite le réseau BBDO.
Laissant l’agence à son associé, elle se tourne vers l’hébergement. En 1997, ils cofondent RapidSite, dont elle prend la direction générale. Le principe, importé des États-Unis, consiste à permettre aux entreprises qui ne peuvent pas s’offrir de gros serveurs d’acheter « des petits bouts de serveurs ». La société est rachetée par France Télécom : à l’approche de ses 30 ans, elle a revendu ses deux premières entreprises.
Elle devient ensuite directrice des opérations d’un studio de startups autofinancé, qui incube notamment des places de marché entre entreprises et s’arrête plus vite que prévu. Elle en retient une règle : « quand c’est trop tôt, c’est trop tôt et ça ne marche pas ».
Ublog, des blogs français à Six Apart
En octobre 2003, Loïc Le Meur rachète Ublog, une plateforme d’hébergement de blogs lancée fin 2002 par Stéphane Le Solliec, et crée une société pour la développer. Géraldine Le Meur en est directrice des opérations.
En mars 2004, Ublog signe un accord de représentation exclusive en Europe avec l’américain Six Apart, éditeur de TypePad, qui rachète la société quelques mois plus tard. Elle poursuit chez Six Apart, sur la zone Europe, Moyen-Orient et Afrique, jusqu’en 2007.
LeWeb, la Silicon Valley invitée à Paris
En 2004, Géraldine et Loïc Le Meur organisent à Paris Les Blogs, une conférence qui prend ensuite le nom de LeWeb. L’idée est de donner aux entrepreneurs accès aux nouveautés américaines sans traverser l’Atlantique. « Je voulais construire un réseau et faire venir toute la Silicon Valley pour être moteur sur l’entrepreneuriat en France », résume-t-elle. D’abord menée en parallèle, la conférence devient en 2006 un projet à part entière.
Si Loïc Le Meur en présente le programme, l’organisation repose « en grande partie » sur Géraldine Le Meur, relève en 2009 le blog Presse-citron. Elle décrit alors l’événement comme « une année de travail à plein temps concentrée en deux jours ». Cette année-là, près de 2 000 participants venus de 30 pays sont attendus au 104, à Paris ; en 2012, ils sont quelque 3 500, venus de 75 pays.
En décembre 2012, les fondateurs cèdent 80 % de la société organisatrice à Reed Midem, spécialiste des salons professionnels, pour développer LeWeb à l’étranger. Jugeant le marché saturé, Reed Midem leur revend ses parts : le rachat est signé le 8 avril 2015. En février 2015, au titre de LeWeb, elle figure parmi les neuf Françaises de la première liste Inspiring Fifty Europe, consacrée aux femmes de la tech.
De San Francisco, un passage vers les États-Unis
En mai 2007, elle cofonde à Paris WebMediaGroup avec Orianne Garcia, venue de Caramail, et Isabelle Bordry, venue de Yahoo! France ; la société édite notamment Badiliz, un réseau féminin de petites annonces gratuites. La même année, elle s’installe à San Francisco. Après de longues années en Californie, elle s’établit à New York.
En mai 2016, elle présente avec Carlos Diaz et Pierre Gaubil The Refiners, à la fois programme d’accélération et fonds d’investissement basé à San Francisco. Des « flottes » de jeunes pousses étrangères y passent trois mois à apprendre les codes de la Silicon Valley et à préparer leur levée de fonds, contre un investissement de 50 000 dollars pour 2 à 7 % de leur capital. « Nous voulons ouvrir les carnets d’adresses et créer une communauté d’entrepreneurs, sans tomber dans un aquarium d’Européens ou de Français », explique-t-elle.
En avril 2017, The Refiners finalise une levée de 6,8 millions de dollars, notamment auprès du fonds French Tech Accélération de Bpifrance et de Xavier Niel. Sa première promotion compte douze startups, dont dix françaises. Mis en pause au printemps 2020, le fonds n’investit plus mais conserve des participations, que Géraldine Le Meur continue de suivre avec ses associés. À titre personnel, elle a aussi investi dans LendingClub, Teads, Evernote et Animoca Brands.
« Comme elles », des modèles à portée de main
En octobre 2018, elle publie chez Diateino Comme elles, entreprenez votre vie !, nourri d’entretiens avec une trentaine de femmes qui ont fondé des startups, créé des marques ou occupé des postes de direction. Elle y raconte aussi son parcours et les coulisses de LeWeb. Invitée de franceinfo, elle explique avoir voulu proposer des « rôles modèles qui soient très incarnés et très ancrés ». Une version anglaise, Step it up, paraît en février 2019.
Elle plaide pour la mixité plutôt que pour l’entre-soi : « Je crois assez peu aux groupes que de femmes ou aux groupes que d’hommes. » Elle cite volontiers les startups fondées par des femmes de son portefeuille, comme Fairly Made ou Rosaly, retenues « simplement parce que ce sont de super boîtes ». À la Journée de la femme digitale, le 17 avril 2018, elle présente avec Clémentine Piazza, fondatrice d’InMenori, quatre piliers pour « penser comme un entrepreneur ».
LeFonds, un fonds adossé au réseau Frenchfounders
Le 19 novembre 2020, Frenchfounders, réseau de dirigeants francophones fondé à New York par Vincent Deruelle et Benoît Buridant, annonce son premier fonds d’investissement et en confie le pilotage à Géraldine Le Meur, qui rejoint son board comme partner. LeFonds by FrenchFounders prend la forme d’un rolling fund, ouvert en continu aux souscripteurs. Il vise l’amorçage et la série A de startups francophones à ambition internationale, et mobilise les membres du réseau pour les aider à recruter ou à trouver des clients.
Le fonds investit depuis le 1er avril 2021, par tickets de 300 000 à 500 000 euros. En juin 2023, il compte 26 participations ; basée à New York, elle s’appuie sur une équipe de quatre personnes, deux à Paris et deux à New York. « Le plus important n’est pas tellement la taille du chèque, mais tous les leviers que nous pouvons actionner pour les startups », dit-elle.
En avril 2025, elle signe dans Maddyness une tribune intitulée « IA : arrêtez de chercher de l’or, construisez les pelles et les pioches ». Elle y invite les fondateurs à privilégier l’IA appliquée aux métiers plutôt que l’effet « waouh », car l’IA, écrit-elle, « ne doit pas être un substitut, mais un amplificateur ». Elle partage son temps entre Paris et New York et siège au conseil d’administration de Skema Business School.
Parcours
En Europe, les entrepreneurs sont amoureux de leur produit quand aux États-Unis, ils sont amoureux de leur marché.
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