Vincent Klingbeil

Tech

Vincent Klingbeil

Ancien avocat d'affaires, cofondateur d'Ametix et European Digital Group

Le portrait

Vincent Klingbeil est un entrepreneur français du numérique, né en 1980 à Paris. Ancien avocat d’affaires, il cofonde en 2011 la société de conseil Ametix, rachetée en 2017 par Docapost, filiale du groupe La Poste. En 2019, il crée avec le fonds Montefiore Investment European Digital Group (EDG), qui rachète des agences et des cabinets spécialisés dans le marketing, la data ou les contenus. Depuis l’entrée de Latour Capital à son capital fin 2023, le groupe vise le milliard d’euros de chiffre d’affaires. En 2026, Vincent Klingbeil en est toujours le cofondateur et CEO.

Du cours Florent au cabinet White & Case

Jeune, Vincent Klingbeil rêve d’être acteur et suit des cours de théâtre au cours Florent et au cours Simon. Il se tourne ensuite vers le droit, la plaidoirie lui paraissant proche de cette première vocation. Il obtient un master en droit des affaires et fiscalité à Assas, passe par l’école de commerce Audencia et par une école de l’Ohio, aux États-Unis, puis ajoute un master en droit de l’urbanisme et de la construction avant de passer le barreau.

Il devient avocat d’affaires chez White & Case, un cabinet américain. Le métier, fait d’administratif et de pression, le déçoit. « J’ai détesté, tout simplement », résume-t-il en 2025 dans ÉcoRéseau Business. Il quitte le cabinet au bout de deux ans.

Talent Zapping, un premier échec

À la fin des années 2000, il lance sa première start-up, Talent Zapping. Sur ce site, des artistes, pour la plupart des humoristes, publient des vidéos et s’affrontent en « battles », tandis que les internautes misent des points virtuels convertibles en cadeaux. Il le décrit en 2025 comme « une sorte de TikTok un peu avant l’heure ». Le service trouve un public, mais Vincent Klingbeil ne parvient pas à le rentabiliser. Au bout de trois ans, il arrête, après y avoir laissé la quasi-totalité de ses économies.

Il présente depuis cet échec comme une expérience formatrice. « J’ai coutume de dire que l’échec c’est l’impôt à payer pour réussir », explique-t-il à CB News en 2025.

Ametix, des développeurs à La Poste

En 2011, il cofonde Ametix avec Patrick Bunan, qui dirigeait alors une petite société de services, et Stéphane Boukris. L’entreprise associe assistance technique, conseil numérique et prestations en ressources humaines. Pour attirer des profils rares, comme les data scientists, elle lance en 2015 le site combienjemerite.com, qui permet aux candidats d’estimer leur valeur sur le marché, puis organise un « Concours du meilleur développeur de France » qui réunit plus de 10 000 personnes en 2016.

En avril 2017, Docapost, la filiale du groupe La Poste consacrée à la dématérialisation et à la transformation numérique, rachète Ametix, qui compte alors 200 collaborateurs et a réalisé 14 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2016. Le montant de l’opération n’est pas communiqué. Ametix garde sa marque et ses trois fondateurs restent à sa tête ; Vincent Klingbeil et Stéphane Boukris en sont les directeurs généraux. Les associés cèdent 70 % du capital en 2017, puis le solde en 2019, année où Vincent Klingbeil quitte La Poste.

European Digital Group, un groupe construit par acquisitions

Parmi les candidats au rachat d’Ametix figurait Montefiore Investment. Vincent Klingbeil reste en contact avec son fondateur, Eric Bismuth, et crée avec le fonds European Digital Group en 2019. Le lancement officiel a lieu en mai 2020, en pleine crise sanitaire. Le modèle repose sur le rachat de sociétés spécialisées, rentables et en croissance, dont les fondateurs gardent 40 % en moyenne fin 2023 et réinvestissent une partie de leur gain dans la maison mère. Le groupe s’interdit d’abriter deux concurrents et crée aussi ses propres sociétés autour d’un entrepreneur, comme le cabinet de conseil Wold.

EDG réunit ainsi lesBigBoss dans l’événementiel B2B, Axome dans l’e-commerce, Follow dans le marketing d’influence ou Orès dans la communication de marque. En juin 2023, il rachète Equancy, cabinet de conseil en data de plus de 120 collaborateurs. En décembre 2023, un LBO fait entrer Latour Capital au capital : le fonds détient avec Montefiore 60 % du groupe, Vincent Klingbeil et les managers conservant les 40 % restants. EDG revendique alors plus de 250 millions d’euros de chiffre d’affaires et 1 700 collaborateurs, et se donne pour objectif de dépasser le milliard d’euros.

La première acquisition hors de France est annoncée en septembre 2024 : l’agence espagnole Garaje de Ideas, spécialisée dans l’expérience client, qui emploie 400 personnes. Suivent notamment Digitalinkers, dans la data, et The Ramp, dans l’achat publicitaire multilocal. En 2025, le groupe fait état d’environ 300 millions d’euros de chiffre d’affaires et de 2 500 collaborateurs, et Vincent Klingbeil situe l’objectif du milliard à l’horizon 2030.

Un groupe de sociétés associées

En 2022, Vincent Klingbeil récuse l’étiquette de fonds d’investissement et décrit EDG comme « un groupe de sociétés associées où tous les entrepreneurs sont actionnaires les uns des autres ». Il résume le passage d’Ametix à EDG comme celui de la transformation digitale à l’accélération digitale. En 2025, il estime que les clients, plus mûrs qu’il y a dix ans, cherchent désormais des spécialistes de chaque levier plutôt qu’un prestataire généraliste. Il fait aussi état de 280 managers actionnaires du groupe.

EDG compte alors un chief AI officer, Hervé Mignot, et se fixe pour objectif que les offres d’IA représentent 20 % de son chiffre d’affaires d’ici 2028, contre moins de 5 % début 2025. Le groupe coorganise avec CB News l’AI & Data Experience Summit, dont la troisième édition a lieu en mars 2026. Vincent Klingbeil y annonce travailler à un centre d’excellence consacré à l’IA.

En 2021, il lance le Tech Show, une émission mensuelle produite par EDG, où il reçoit des dirigeants comme l’investisseur Jean-David Bénichou ou Laureline Serieys, alors à la tête d’Uber France. Joueur d’échecs, il compare les affaires à un mélange de poker et d’échecs, entre prise de risque et stratégie.

Parcours

Fin des années 2000
Du barreau à Talent Zapping
Après deux ans comme avocat d'affaires chez White & Case, il lance une plateforme de vidéos d'humoristes, qu'il arrête au bout de trois ans faute de modèle économique.
2011
Cofondation d'Ametix
Avec Patrick Bunan et Stéphane Boukris, il crée une société d'assistance technique et de conseil numérique.
2017
Rachat d'Ametix par Docapost
La filiale du groupe La Poste prend en avril 70 % de la société, qui compte alors 200 collaborateurs ; le solde suit en 2019.
2019
Création d'European Digital Group
Avec Montefiore Investment, il fonde un groupe qui fédère des sociétés spécialisées du numérique, officiellement lancé en mai 2020.
2023
Equancy et entrée de Latour Capital
EDG rachète en juin le cabinet de data Equancy, puis Latour Capital entre en décembre au capital, avec l'objectif d'un milliard d'euros de chiffre d'affaires.
2024
Première acquisition à l'étranger
Le groupe s'implante en Espagne avec le rachat de l'agence Garaje de Ideas, spécialisée dans l'expérience client.
2025-2026
L'IA au cœur de la feuille de route
Il fixe à EDG l'objectif de réaliser 20 % de son chiffre d'affaires avec l'IA d'ici 2028 et prépare un centre d'excellence consacré à l'IA.

L'échec c'est l'impôt à payer pour réussir.

CB News, mars 2025

Fiche mise à jour le