Gilles Babinet

Tech, IA

Gilles Babinet

Fondateur de Musiwave, premier président du Conseil national du numérique et auteur d'essais sur le numérique

Le portrait

Gilles Babinet est un entrepreneur français né en 1967. Depuis la fin des années 1980, il a créé une série d’entreprises dans des secteurs variés, du travail en hauteur au design industriel, de la musique sur mobile à l’analyse de données marketing. La plus importante, Musiwave, a été revendue à Openwave en 2006 pour 139 millions de dollars. En parallèle, il a occupé des fonctions consultatives auprès des pouvoirs publics : premier président du Conseil national du numérique en 2011, « digital champion » de la France auprès de la Commission européenne à partir de 2012, puis coprésident du même conseil à partir de 2021. Auteur de plusieurs essais sur le numérique, il enseigne à Sciences Po depuis 2018.

Quitter l’école à seize ans, fonder une entreprise à vingt-deux

Le Journal du Net décrit en 2013 une scolarité difficile : au collège comme au lycée, Gilles Babinet peine à trouver sa place dans le cadre scolaire classique. Son père, ingénieur, avait échoué au concours de Polytechnique, dont le grand-père était sorti major, et met la pression sur ses fils. Il fréquente l’école Steiner-Waldorf de Verrières-le-Buisson. Il quitte l’école à 16 ans et obtient un baccalauréat littéraire en candidat libre, à 20 ans. Entre-temps, il s’essaie au dessin, à la musique et au sport, voyage beaucoup et travaille à la remise aux normes d’appartements.

En 1989, à 22 ans, il décroche un emploi d’été de manœuvre sur un chantier de La Défense. Pendant trois mois, il est alpiniste du bâtiment et pose l’électricité sur les façades. Entendant son patron se plaindre d’une demande trop forte, il crée sa propre société, Escalade Industrie, spécialisée dans les travaux électriques en hauteur. En moins d’un an, elle emploie une quarantaine de personnes. Il la quitte pourtant, à la suite de désaccords avec ses associés.

Du tramway de Bordeaux aux sonneries « hi-fi »

En 1991, il cofonde avec Clément Bataille Absolut Design, une société de design industriel. Elle se développe dans le transport et signe le dessin du tramway de Bordeaux comme celui des poubelles du métro parisien ; elle dessine aussi des téléphones pour France Télécom, Sagem et Alcatel, des ordinateurs et du matériel médical. Le groupe crée une agence web et rachète une société nantaise. En 2000, peu avant l’éclatement de la bulle internet, Gilles Babinet le revend à Euro RSCG. D’après le Journal du Net, il en retire environ un million d’euros, qu’il perd rapidement en Bourse.

La même année, il lance Musiwap, vite rebaptisée Musiwave. Après des débuts difficiles, la société propose en 2002 des sonneries de téléphone « hi-fi », composées d’harmonies synthétisées, et le Journal du Net la présente comme la première au monde à le faire. Musiwave est cédée à Openwave en janvier 2006.

Le même portrait du Journal du Net décrit un entrepreneur attiré par les commencements : la recherche du modèle économique, la levée de fonds, les premières embauches. Diriger une société devenue grande lui convient moins.

De la co-création aux tableaux de bord marketing

Il enchaîne avec eYeka, un site qui met en relation des marques et des créateurs autour de projets de co-création, puis avec Captain Dash, fondée en 2009, qui fournit aux directeurs marketing des outils statistiques. Il cofonde Mxp4 avec Philippe Ulrich, d’abord consacrée à la musique interactive puis au jeu musical sur les réseaux sociaux, et crée Digibonus, une plateforme qui automatise les jeux-concours sur Facebook, pour le web et le mobile. Il s’associe à d’autres jeunes entreprises, dont SacAddict.com. Futura range encore parmi ses sociétés Laitao, dans le conseil.

En 2013, il a abandonné ses fonctions de dirigeant mais préside les conseils d’administration de Captain Dash, eYeka, Mxp4 et Digibonus. Il est alors membre actif de l’association 100 000 entrepreneurs et a siégé de 2002 à 2010 au conseil d’administration du Mobile Entertainment Forum, une association qui promeut les services de loisirs sur mobile.

Deux passages au Conseil national du numérique

En avril 2011, Gilles Babinet devient le premier président du Conseil national du numérique, une instance chargée de conseiller le gouvernement. Sous sa présidence, le conseil travaille sur l’éducation numérique, le financement de l’innovation et l’ouverture des données publiques, et se penche sur la fiscalité du numérique. Son mandat s’achève en avril 2012.

Il revient au conseil en 2018, comme membre puis vice-président, sous la présidence de Salwa Toko. En février 2021, il en est nommé coprésident avec Françoise Mercadal-Delasalles ; le collège passe alors de 30 à 21 membres. Le 15 janvier 2025, il est fait chevalier de la Légion d’honneur au titre de « coprésident du Conseil national du numérique, gérant d’une société de conseil ».

L’instance, qui prend le nom de Conseil de l’intelligence artificielle et du numérique, est recomposée par un arrêté du 8 septembre 2025, sous la coprésidence d’Anne Bouverot et de Guillaume Poupard. Gilles Babinet ne figure pas parmi ses membres.

Digital champion à Bruxelles et polémique avec la CNIL

Le 25 juin 2012, la ministre déléguée au Numérique, Fleur Pellerin, le nomme « digital champion » de la France auprès de Neelie Kroes, commissaire européenne chargée du numérique. Ce programme européen réunit des personnalités autour d’une réflexion sur la société numérique. Il participe à ce titre aux travaux sur la réforme des tarifs d’itinérance en Europe.

Le 26 février 2013, dans un entretien à L’Usine nouvelle, il qualifie la Commission nationale de l’informatique et des libertés d’« ennemi de la Nation » en raison de sa « régulation excessive » et estime qu’il faut « soit profondément [la] réformer soit [la] fermer ». Le site Numerama juge le propos d’une « rare agressivité » et le rapproche de l’activité de Captain Dash, qui travaille sur des données marketing de consommateurs. Plusieurs personnalités du numérique prennent alors la défense de l’autorité.

De L’Ère numérique à Green IA

Gilles Babinet publie en janvier 2014 L’Ère numérique, un nouvel âge de l’humanité, aux éditions Le Passeur, où il examine ce que le numérique change dans l’éducation, la santé, l’État, la connaissance et la production. Suivent chez le même éditeur Big Data, penser l’homme et le monde autrement (2015) et Transformation digitale : l’avènement des plateformes (2016), puis Refondre les politiques publiques avec le numérique chez Dunod (2020). Chez Odile Jacob paraissent Comment les hippies, Dieu et la science ont inventé internet (2023) et Green IA, l’intelligence artificielle au service du climat (2024).

À Sciences Po Paris, son cours de master s’intitule « Numérique et politiques publiques ». Ancien membre de l’Institut Montaigne, où il a siégé à la commission sur la compétitivité, il a contribué à plusieurs rapports du think tank, dont un appel à un « New Deal » numérique en 2013 et « Internet : le péril jeune ? » en 2020. Il a aussi soutenu La Paillasse, un laboratoire de science ouverte, auprès duquel il a fait venir le groupe Roche pour lancer en mai 2015 Epidemium, un programme consacré aux données en cancérologie.

Il écrit également pour la presse, avec notamment une série de tribunes dans Les Echos en 2015. Futura, dont il a été le rédacteur en chef invité le temps d’une journée spéciale, publie aussi ses textes, dont un éditorial titré « Au-delà de la technologie, une révolution anthropologique » et des articles sur l’IA face au réchauffement climatique ou sur l’interdiction des réseaux sociaux.

Parcours

1989
Création d'Escalade Industrie
À 22 ans, il fonde une société de travaux électriques en hauteur qui emploie une quarantaine de personnes en moins d'un an.
1991
Cofondation d'Absolut Design
Avec Clément Bataille, il crée une société de design industriel qui dessine notamment le tramway de Bordeaux, revendue à Euro RSCG en 2000.
2000-2006
Musiwave
Il lance Musiwap, devenue Musiwave, cédée à Openwave en janvier 2006 pour 139 millions de dollars.
2011-2012
Premier président du CNNum
Il préside le Conseil national du numérique d'avril 2011 à avril 2012.
2012
Digital champion de la France
Le 25 juin 2012, Fleur Pellerin le nomme digital champion auprès de la commissaire européenne Neelie Kroes.
2014
Premier essai
Il publie L'Ère numérique, un nouvel âge de l'humanité aux éditions Le Passeur, premier de plusieurs livres sur le numérique.
2021
Coprésidence du CNNum
En février 2021, il est nommé coprésident du Conseil national du numérique avec Françoise Mercadal-Delasalles.

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