Le portrait
Yann Le Cun, qui signe ses travaux Yann LeCun, est un chercheur français en intelligence artificielle, également de nationalité américaine, né le 8 juillet 1960 à Soisy-sous-Montmorency. Il est connu pour les réseaux de neurones convolutifs, développés à la fin des années 1980 aux Bell Labs, et pour ses travaux sur l’apprentissage profond, récompensés par le prix Turing 2018 avec Geoffrey Hinton et Yoshua Bengio. Il enseigne à l’université de New York depuis 2003 et fonde en 2013 le laboratoire de recherche en IA de Facebook, devenu Meta, qu’il quitte fin 2025. Depuis janvier 2026, il est président exécutif d’AMI Labs, une start-up dont le siège est à Paris, tout en restant professeur à NYU.
De l’ESIEE au laboratoire de Geoffrey Hinton, à Toronto
Fils d’un ingénieur en aéronautique, il grandit en région parisienne et obtient en 1983 son diplôme d’ingénieur de l’ESIEE Paris. Il prépare ensuite un DEA puis une thèse à l’université Pierre-et-Marie-Curie, aujourd’hui Sorbonne Université. Soutenue en 1987 sous la direction de Maurice Milgram, elle porte sur les modèles connexionnistes de l’apprentissage et propose une forme précoce de la rétropropagation du gradient, l’algorithme qui permet aux réseaux de neurones d’apprendre.
Interrogé en 2023 par France Inter sur ses débuts, il explique : « Pour moi, le mystère de l’intelligence était l’une des grandes questions scientifiques du moment ». En 1987, il part à l’université de Toronto pour un post-doctorat d’un an sous la direction de Geoffrey Hinton.
Aux Bell Labs, des codes postaux aux chèques bancaires
En 1988, Yann Le Cun rejoint le département de recherche sur les systèmes adaptatifs des laboratoires Bell d’AT&T, à Holmdel, dans le New Jersey. Il y applique les réseaux convolutifs à la reconnaissance de caractères. En 1989, le service postal américain fournit à son équipe 9 298 codes postaux manuscrits numérisés : le réseau, entraîné sur 7 291 d’entre eux, reconnaît correctement 95 % des autres.
Ces travaux donnent naissance à la famille de modèles LeNet. Le système de lecture de chèques auquel il contribue est largement déployé par NCR et d’autres entreprises ; en France, le Crédit mutuel de Bretagne applique aussi les réseaux convolutifs à la lecture optique des chèques. En 1996, il prend la tête du département de recherche en traitement d’images d’AT&T Labs-Research, où il travaille surtout sur DjVu, un format de compression de documents numérisés conçu avec Léon Bottou et Patrick Haffner.
De l’université de New York au laboratoire FAIR de Facebook
Après un bref passage au NEC Research Institute, il devient professeur à l’université de New York (NYU) en 2003. Il y travaille notamment sur la vision par ordinateur et la robotique mobile, et fonde le Center for Data Science de l’université, qu’il dirige jusqu’en 2014.
Le 9 décembre 2013, il rejoint Facebook à l’invitation de Mark Zuckerberg pour créer et diriger FAIR (Facebook Artificial Intelligence Research), implanté à New York, à Menlo Park, puis à Paris à partir de 2015. Titulaire de la chaire annuelle Informatique et sciences numériques du Collège de France pour l’année 2015-2016, il y prononce le 4 février 2016 sa leçon inaugurale sur l’apprentissage profond. En janvier 2018, il cède la direction de la division à Jérôme Pesenti, ancien dirigeant de la start-up britannique Benevolent, passé par IBM, et devient Chief AI Scientist, sans quitter son enseignement à NYU.
Un prix Turing partagé, puis la Légion d’honneur
Le 27 mars 2019, l’Association for Computing Machinery lui décerne le prix Turing 2018, avec Geoffrey Hinton et Yoshua Bengio, pour leurs travaux sur l’apprentissage profond ; les trois lauréats se partagent un million de dollars.
Nommé chevalier de la Légion d’honneur par décret du 31 décembre 2019, il en reçoit les insignes des mains d’Emmanuel Macron, à l’Élysée, en décembre 2023. En 2021, il est élu à l’Académie nationale des sciences des États-Unis, puis, le 8 décembre, associé étranger de l’Académie des sciences. Suivent le prix Princesse des Asturies en 2022, avec Hinton, Bengio et Demis Hassabis, puis, en octobre 2023, la chaire Jacob T. Schwartz d’informatique de NYU, dont il est le premier titulaire. Il reçoit ensuite le Global Swiss AI Award 2023, remis à Davos en janvier 2024, le grand prix VinFuture 2024 et le Queen Elizabeth Prize for Engineering 2025.
IA ouverte et modèles du monde, des positions discutées
Yann Le Cun défend une IA ouverte. Il signe une lettre au président américain Joe Biden en faveur de l’open source et explique à Wired, fin 2023, que l’IA doit l’être parce qu’elle devient une infrastructure commune de communication ; des critiques cités par le magazine craignent que cette ouverture permette à des acteurs malveillants de retirer les garde-fous des modèles. En novembre 2023, il figure parmi les conseillers scientifiques de Kyutai, le laboratoire parisien lancé par Xavier Niel, Rodolphe Saadé et Eric Schmidt.
Il s’oppose à la pause de six mois réclamée en mars 2023 par une lettre ouverte du Future of Life Institute. Sur France Inter, il juge qu’il faut réglementer les applications, mais pas la recherche, et voit dans ce moratoire « une espèce de nouvel obscurantisme ». Il conteste aussi que les grands modèles de langage puissent atteindre une intelligence de niveau humain, une idée qu’il qualifie en 2026 de « complete nonsense » (un non-sens complet) devant Wired. Il leur oppose des modèles du monde, fondés sur l’architecture JEPA (Joint Embedding Predictive Architecture) qu’il propose en 2022.
Lorsque Geoffrey Hinton et Yoshua Bengio signent une déclaration présentant l’IA comme un risque à l’échelle de la société, il s’en tient à l’écart. Dans un débat publié par Les Échos en juin 2023, Yoshua Bengio s’inquiète de la manipulation de l’opinion par l’IA ; Yann Le Cun répond que ces tentatives ne sont pas nouvelles et que l’IA sert aussi à les contrer. Les auteurs du livre « If Anyone Builds It, Everyone Dies », dont Eliezer Yudkowsky, contestent l’idée, qu’il défend, que l’on pourra concevoir les objectifs de ces systèmes.
AMI Labs, une start-up de modèles du monde basée à Paris
Le 19 novembre 2025, après des informations du Financial Times, Yann Le Cun annonce sur Facebook et LinkedIn qu’il quittera Meta à la fin de l’année. BFMTV rappelle que le groupe a regroupé ses équipes d’IA dans Superintelligence Labs, dirigé par Alexandr Wang, dans lequel il avait été intégré. En mars 2026, il explique à Wired que Meta devait rattraper ses concurrents sur les modèles de langage, ce qui ne l’intéressait pas.
Le 18 décembre 2025, il confirme sur LinkedIn la création d’Advanced Machine Intelligence (AMI Labs), dont il est président exécutif ; Alexandre LeBrun, cofondateur de la start-up de santé Nabla, en prend la direction générale. Le 10 mars 2026, la société annonce une levée d’amorçage de 1,03 milliard de dollars, sur la base d’une valorisation de 3,5 milliards de dollars avant l’opération. Installée à Paris, avec des bureaux à New York, Montréal et Singapour, AMI Labs vise l’industrie, le biomédical et la robotique, et prévoit de publier ses travaux en open source.
Yann Le Cun reste professeur à NYU, où il donne un cours par an et encadre des doctorants, et demeure basé à New York.
Parcours
Pour moi, le mystère de l'intelligence était l'une des grandes questions scientifiques du moment.
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