Le portrait
Carlos Diaz est un entrepreneur né à Limoges en 1973 et installé à San Francisco depuis 2010. Il a cofondé Groupe Reflect, l’une des premières agences web françaises, puis blueKiwi, éditeur d’un réseau social d’entreprise vendu en mode SaaS. Il a ensuite créé Kwarter, l’accélérateur The Refiners et, en 2019, Silicon Carne, un talk-show en français qui commente chaque semaine l’actualité de la tech depuis la Silicon Valley. Le grand public l’a découvert en 2012 comme l’un des initiateurs du mouvement des « Pigeons », né d’une discussion sur Facebook.
De Limoges au web, sans école de commerce
Titulaire d’une maîtrise de lettres et civilisations étrangères obtenue à l’université de Limoges en 1995, Carlos Diaz a d’abord été professeur de lycée. Il monte ensuite avec son frère cadet Manuel, alors âgé de 18 ans, une agence de création de sites internet, Groupe Reflect. La date varie selon les sources : 1996 dans le portrait que lui consacre Stratégies, 1997 dans les biographies de son frère.
L’agence travaille d’abord pour des acteurs publics et privés du Limousin, s’installe à Paris en 1999, traverse l’éclatement de la bulle internet et se spécialise au milieu des années 2000 dans le web participatif. En juin 2007, elle s’allie au groupe belge Emakina, qui la rebaptisera Emakina.fr. Manuel Diaz en garde la direction. Carlos, lui, est déjà passé à autre chose. Il se décrit comme un manager autodidacte, formé par la pratique plutôt que par une école.
blueKiwi, le réseau social d’entreprise
Fin 2006, il crée blueKiwi Software avec Christophe Routhieau. L’idée consiste à faire entrer dans l’entreprise les usages du web 2.0 : une plateforme où salariés, clients et partenaires échangent au sein de communautés plutôt que par courriel. Le logiciel est vendu par abonnement, en mode SaaS. Ses biographies présentent blueKiwi comme le premier éditeur SaaS français, une revendication difficile à vérifier.
Début 2010, la société revendique environ 200 clients, dont Total, Orange ou LVMH, et lance une version gratuite pour accélérer l’adoption. Carlos Diaz, alors PDG, part s’installer à San Francisco pour y piloter le marketing tandis que la R&D reste en France. Il quitte la direction en janvier 2011, remplacé par Jean-Luc Valente. En avril 2012, blueKiwi est racheté par Atos, qui avait fait connaître sa volonté de se passer du courrier électronique en interne. La presse spécialisée crédite alors l’éditeur d’avoir popularisé en France le concept de réseau social d’entreprise.
Kwarter et le pari du second écran
À San Francisco, il fonde en 2011 Kwarter avec Sam Hickmann. La start-up conçoit des applications mobiles qui accompagnent les retransmissions sportives. FanCake, lancée en mars 2012, récompense les téléspectateurs qui pronostiquent les actions d’un match en direct. Suivent, à l’automne, des applications réalisées pour Turner Sports et pour la marque Bud Light. Kwarter se présente ensuite comme le fournisseur d’une plateforme de « second écran » destinée aux chaînes et aux annonceurs. D’après ses biographies, Carlos Diaz la dirige jusqu’à fin 2015. Il racontera plus tard y avoir subi de plein fouet le décalage culturel entre un fondateur français et les codes de la Silicon Valley, une expérience qui nourrit la suite de son parcours.
Les « Pigeons », une mobilisation née sur Facebook
Le 28 septembre 2012, l’investisseur Jean-David Chamboredon publie dans La Tribune un texte contre le projet de loi de finances 2013, qui alourdit la fiscalité des cessions d’entreprises. Carlos Diaz réagit sur Facebook. De la discussion qui suit naissent, le jour même, une page Facebook, un compte Twitter et un nom : les « Pigeons ». Il figure parmi les fondateurs et devient l’un des porte-parole du mouvement, qui rassemble en quelques jours des dizaines de milliers de soutiens en ligne avant que le gouvernement n’amende sa réforme.
L’épisode reste l’un des premiers exemples français de mobilisation politique organisée sur les réseaux sociaux par des entrepreneurs du web. Il connaît un épilogue le 12 février 2014 : lors de la visite de François Hollande à San Francisco, Carlos Diaz met le président au défi de donner une accolade aux entrepreneurs, et l’obtient devant les caméras.
The Refiners : apprendre la Silicon Valley aux fondateurs étrangers
En 2016, il cofonde The Refiners avec Géraldine Le Meur, cofondatrice de la conférence LeWeb, et Pierre Gaubil. Cet accélérateur installé à San Francisco s’adresse aux start-up nées hors des États-Unis, françaises en premier lieu. Le programme dure trois mois et porte moins sur la technique que sur l’acculturation : comprendre les codes de la Vallée, se constituer un réseau, apprendre à présenter un projet à des investisseurs américains. La première promotion arrive en septembre 2016, entourée d’environ 200 mentors.
Carlos Diaz codirige la structure pendant quatre ans. L’aventure s’arrête au printemps 2020, en pleine pandémie. En juillet de la même année, il lance avec Ilan Abehassera Diaspora Ventures, une structure d’investissement tournée vers les fondateurs français qui démarrent aux États-Unis, ouverte un an plus tard aux Européens.
Silicon Carne, la tech racontée en français depuis San Francisco
Pendant environ trois ans, Carlos Diaz a tenu sur France Info une chronique hebdomadaire, « En direct de la Silicon Valley », avec le journaliste Jules Lavie. Quand elle s’arrête, Richard Menneveux, fondateur de FrenchWeb, lui propose d’en reprendre le principe en podcast. Le premier épisode de Silicon Carne, consacré à la débâcle de WeWork, est mis en ligne le 30 octobre 2019.
Le format s’installe vite. Sous le surnom d’« El Gringo », Carlos Diaz anime une table ronde de chroniqueurs et d’invités, entrepreneurs et investisseurs pour la plupart, sur un ton frondeur que résume le sous-titre de l’émission : « un peu de picante dans un monde de Tech ». D’abord audio, Silicon Carne est aussi filmé et diffusé sur YouTube. L’émission se double d’une lettre sur Substack et d’une communauté d’abonnés payants, L’Hacienda, qui se retrouve à Paris et à San Francisco.
Uncut, le podcast comme terrain d’essai
Début 2021, il fonde Uncut, pensée au départ comme une plateforme audio qui permet aux podcasteurs de connaître leurs auditeurs et de se financer autrement que par la publicité. Le projet bifurque en 2022 vers les NFT. Carlos Diaz se sert de sa propre émission comme banc d’essai : chaque épisode est proposé en série limitée, et les acheteurs d’une collection dédiée deviennent coproducteurs de la saison 4, avec une part des revenus. En mars 2022, un épisode vendu sous cette forme sert à collecter des fonds pour l’Ukraine. Uncut se réoriente encore en 2023 vers un réseau social pour créateurs d’art numérique. Les dernières annonces publiques retrouvées datent de cette année-là.
Un personnage autant qu’un parcours
Carlos Diaz cultive une image éloignée de celle de l’investisseur en costume. Guitariste, il a joué avec Pierre Gaubil dans un groupe baptisé The Frogs, et sa biographie en ligne le présente aussi comme boulanger amateur. Son émission baigne dans un univers hispanisant assumé, d’El Gringo à L’Hacienda en passant par les « Socios » qui coproduisent une saison. Il aime les formules imagées : pour expliquer pourquoi une start-up doit s’installer dans la Silicon Valley, il compare volontiers la région à Dijon pour un fabricant de moutarde.
Ce goût de la scène se retrouve en conférence. En juin 2016, il assure l’ouverture du Web2day, à Nantes, avec une intervention sur les tendances de la Silicon Valley.
Activités récentes
La septième saison de Silicon Carne a débuté en septembre 2025. Début octobre 2026, l’émission dépasse les 330 épisodes et publie plusieurs fois par semaine, l’intelligence artificielle occupant l’essentiel des sujets. En janvier 2026, un épisode hors-série a détaillé la manière dont l’équipe s’appuie sur des outils d’IA pour produire plus de cent émissions par an. Silicon Carne revendique plus de 100 000 spectateurs et auditeurs mensuels, un chiffre déclaratif. Carlos Diaz continue en parallèle d’investir par l’intermédiaire de Diaspora Ventures.
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