Qwant est un moteur de recherche français, édité par la société QWANT, immatriculée en 2011, et mis en ligne en 2013. La société le présente comme un moteur qui ne trace pas ses utilisateurs à des fins publicitaires. Soutenu par la Caisse des dépôts, il a été critiqué pour sa dépendance à Bing, le moteur de Microsoft. Déficitaire, la société a été reprise à l’été 2023 par Synfonium, holding détenue par Octave et Miroslaw Klaba et par la Caisse des dépôts. Elle développe avec l’allemand Ecosia un index de recherche européen et est dirigée depuis le 11 mai 2026 par Boris Lecoeur.
Trois fondateurs et une technologie venue de Pertimm
La société QWANT est immatriculée le 25 mai 2011. Next INpact en cite trois cofondateurs : l’investisseur Jean-Manuel Rozan, Éric Léandri et Patrick Constant, dont la société Pertimm est associée au projet. Selon Futura, Qwant confie à Pertimm, éditrice d’algorithmes de recherche, son système d’indexation.
Le moteur ouvre en version bêta le 16 février 2013, puis en version définitive le 4 juillet. Quelques jours après le lancement, des internautes remarquent que ses résultats web ressemblent à ceux de Bing. Jean-Manuel Rozan et Éric Léandri reconnaissent alors auprès de Futura l’usage d’un mélange d’API, dont celle de Bing, appelé selon eux à s’effacer au profit de leur propre indexation.
Un modèle publicitaire adossé à Microsoft
Qwant n’affiche pas de publicité fondée sur le profil de l’internaute : les annonces dépendent des mots recherchés, résume l’AFP en 2020. La régie publicitaire repose sur un contrat avec Microsoft, confirmé en 2017 par Éric Léandri, qui décrit alors à Next INpact un usage de Bing en complément, « très fort sur les images » mais « faible, voire complètement inexistant » pour la recherche web en France et en Allemagne.
Le groupe de presse allemand Axel Springer investit 5 millions d’euros en 2014 ; la Banque européenne d’investissement annonce en octobre 2015 un financement de 25 millions d’euros ; en février 2017, la Caisse des dépôts apporte 15 millions sur une levée de 18,5 millions et prend 20 % du capital, les trois fondateurs restant majoritaires selon Next INpact.
La CNIL, saisie d’une plainte le 15 mars 2019, conclut que les données transmises à Microsoft pour l’affichage des publicités, essentiellement techniques, étaient pseudonymisées et non anonymisées comme l’affirmait Qwant. La société, qui jugeait ses mesures techniques suffisantes pour les anonymiser, modifie sa politique de confidentialité en 2020. Le 11 février 2025, l’autorité prononce un rappel aux obligations légales, mesure sans caractère de sanction, en relevant l’absence d’intention de contourner le RGPD.
Un audit critique et des années de pertes
En septembre 2019, après des révélations de La Lettre A sur des salaires jugés « indécents », Tristan Nitot devient directeur général, Éric Léandri restant président. Un audit de la direction interministérielle du numérique (DINUM), mené à l’été 2019 et révélé par Le Média, décrit selon Next INpact un moteur encore « à l’état de prototype » et relève que Qwant « ne sait pas quantifier son niveau d’utilisation réelle de Bing en production ». Next INpact note que le gouvernement annonce en janvier 2020 l’installation de Qwant par défaut dans l’administration sans attendre la version 2 du moteur, à laquelle l’audit conditionnait cette généralisation.
Le même mois, Éric Léandri quitte la direction exécutive tout en restant actionnaire ; Jean-Claude Ghinozzi prend la présidence, et la Caisse des dépôts et Axel Springer recapitalisent l’entreprise. En juin 2020, franceinfo fait état d’un plan de réorganisation qui prévoit environ 25 suppressions de postes sur une centaine, et 16 créations. Le chiffre d’affaires atteint 7,5 millions d’euros en 2020, pour une perte de 13 millions, contre 23,5 millions en 2019. En mai 2021, les actionnaires approuvent une émission d’obligations convertibles de 8 millions d’euros auprès de Hubble, fonds d’investissement de Huawei. La même année, Corinne Lejbowicz, présidente, et Raphaël Auphan, directeur général, prennent la direction ; les comptes de 2021 affichent un chiffre d’affaires de 10,3 millions d’euros et une perte de 9,2 millions.
Sous Synfonium, la construction d’un index européen
En mars 2023, Qwant totalise 0,58 % des requêtes en France selon StatCounter, cité par l’AFP. Le 11 avril, Octave Klaba, fondateur d’OVHcloud, et la Caisse des dépôts annoncent des négociations exclusives pour reprendre Qwant au sein de Synfonium, qui doit aussi réunir Shadow. Le 27 juin, Octave Klaba annonce la signature : Synfonium, détenue à 75 % par Jezby Ventures et Deep Code, les sociétés des deux frères, et à 25 % par la Caisse des dépôts, rachète la totalité de Qwant. L’opération est finalisée à l’été 2023, et Olivier Abecassis, passé par TF1 et aufeminin, devient directeur général en septembre.
En mai 2024, le moteur ajoute des réponses courtes générées par IA. Le 23 mai, une panne mondiale de Bing rend aussi Qwant inutilisable pendant plusieurs heures ; Numerama y voit un rappel de sa dépendance. Le 8 novembre 2024, Qwant et Ecosia annoncent European Search Perspective (EUSP), coentreprise basée à Paris et détenue à parts égales. L’index, accessible par l’API Staan (Search Trusted API Access Network), sert en août 2025 ses premiers résultats aux utilisateurs d’Ecosia en France ; Search Engine Journal rapporte alors l’objectif d’Ecosia d’y faire passer 30 % des requêtes françaises avant la fin de l’année. En juin 2026, Clubic indique que l’index couvre la moitié des requêtes en France et que les deux entreprises visent la totalité d’ici fin 2026.
L’IA générative et l’après-Bing
En mai 2025, Qwant rachète Lilo, moteur solidaire créé en 2015 qui reverse 80 % de ses bénéfices à des projets choisis par ses utilisateurs. Selon Les Echos, cité par The Media Leader, l’opération doit réduire la dépendance aux technologies de Microsoft et enrichir l’index. La société édite aussi Qwant Junior, moteur sans publicité destiné aux enfants de 6 à 12 ans.
Le moteur propose une Réponse Flash, bloc de quelques lignes généré par IA qui mentionne les sites ayant servi de source, et un Chat IA. D’après Qwant, la recherche est assurée par ses propres services et la rédaction par des modèles de Mistral AI. Le 10 mars 2026, la société lance une expérimentation de neuf mois de partage à parts égales des revenus publicitaires de la Réponse Flash avec des éditeurs de presse, dont L’Équipe, Les Échos, Le Parisien et Ouest-France.
Microsoft a fermé son API Bing Search le 11 août 2025 ; selon Clubic, Olivier Abecassis affirme que ces décisions de Microsoft ont divisé les revenus de l’entreprise par deux. Boris Lecoeur, ancien dirigeant d’AWS puis de Cloudflare en France, lui succède le 11 mai 2026 à la tête de Qwant et de Shadow. Le 4 juin 2026, le Parlement européen fait de Qwant le moteur par défaut de ses ordinateurs internes, réglage que chacun peut modifier ; Presse-citron note que Qwant s’appuie encore en partie sur Bing. En juin 2026, Clubic, qui ne précise pas l’origine de la mesure, lui attribue 0,92 % de part de marché en France.

