Ingénieur, chercheur et entrepreneur, Arthur Mensch est le cofondateur et CEO de Mistral AI, première décacorne française et leader européen de l’intelligence artificielle générative. Né en 1992 à Sèvres, il a quitté un poste de chercheur chez Google DeepMind en 2023 pour créer, avec Guillaume Lample et Timothée Lacroix (tous deux anciens chercheurs chez Meta), une entreprise qui ambitionne de rivaliser avec les géants américains de l’IA. En moins de trois ans, Mistral AI a levé près de 2,8 milliards d’euros, atteint une valorisation de 11,7 milliards d’euros et s’est imposé comme le champion technologique européen du secteur.
Mistral AI : le champion européen de l’IA générative
Mistral AI est fondée en avril 2023 avec une vision claire : démontrer qu’une entreprise française peut produire des modèles de langage de classe mondiale et offrir une alternative crédible aux acteurs américains et chinois. La stratégie repose sur un modèle hybride combinant open source (modèles ouverts pour la recherche et l’adoption) et solutions entreprise (API, déploiement sur site, personnalisation) pour les grandes organisations.
L’ascension est fulgurante. En juin 2023, Mistral lève 105 millions d’euros en seed (un record européen bouclé en 17 jours) auprès de Lightspeed Venture Partners, Xavier Niel et Eric Schmidt. Suivent une série A de 385 millions d’euros (décembre 2023, avec Andreessen Horowitz, BNP Paribas et Salesforce), puis 600 millions en série B (juin 2024). En septembre 2025, la série C de 1,7 milliard d’euros, menée par le néerlandais ASML (1,3 milliard), fait de Mistral AI la première décacorne de l’histoire de la French Tech, valorisée 11,7 milliards d’euros. Bpifrance, Andreessen Horowitz, General Catalyst, Index Ventures, Lightspeed et Nvidia complètent le tour de table.
Côté produits, Mistral AI a déployé une famille complète de modèles de langage : Mistral 7B (son premier modèle open source), Mixtral 8×7B, Mistral Large, Codestral (spécialisé dans le code), Mathstral, Magistral, Pixtral (multimodal) et Ministral. L’entreprise a également lancé Le Chat, son assistant conversationnel grand public comparable à ChatGPT, ainsi que Mistral Compute, une plateforme cloud souveraine hébergée en Europe, développée en partenariat avec Nvidia et dotée de 18 000 superpuces Blackwell. Un campus IA européen, le plus grand du continent, est prévu pour 2028 en région parisienne.
Mistral AI compte environ 350 collaborateurs et a noué des partenariats stratégiques avec Microsoft, Salesforce, Nvidia, l’AFP, Veolia, Orange, Stellantis et CMA-CGM. L’entreprise revendiquait 300 millions d’euros de revenus annuels récurrents fin 2025 et vise le milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2026. En France, plus de 10 000 agents publics utilisent déjà ses modèles.
Un parcours scientifique d’élite
Diplômé de l’École polytechnique et de Télécom Paris, Arthur Mensch poursuit ses études à l’École normale supérieure avant d’obtenir un doctorat à l’Inria et l’Université Paris-Saclay, consacré à l’apprentissage de représentations en imagerie cérébrale fonctionnelle. Sa thèse, encadrée par Bertrand Thirion, Gaël Varoquaux et Julien Mairal, porte sur l’optimisation stochastique et l’analyse prédictive d’images cérébrales par IRM fonctionnelle.
Il rejoint ensuite l’université de New York (Courant Institute) pour un post-doctorat en apprentissage par renforcement multi-agents sous la direction de Joan Bruna, avant d’intégrer fin 2020 Google DeepMind à Paris. Pendant près de trois ans, il y travaille sur les grands modèles de langage, les systèmes multimodaux et les architectures augmentées par la recherche d’information (RAG). Il quitte DeepMind en mai 2023 pour cofonder Mistral AI.
Souveraineté numérique et engagement public
Arthur Mensch s’est imposé comme l’une des voix les plus écoutées en Europe sur les enjeux de souveraineté numérique et de régulation de l’intelligence artificielle. En septembre 2023, il intègre le comité de l’intelligence artificielle générative créé par la Première ministre Élisabeth Borne. En mai 2024, il est auditionné par la commission des Affaires économiques du Sénat, où il plaide pour un renforcement du financement de la recherche publique en IA, un crédit d’impôt recherche plus ambitieux et une plus grande flexibilité du droit du travail pour soutenir les startups.
En 2026, il porte publiquement une proposition de contribution obligatoire (entre 1 % et 5 % du chiffre d’affaires) pour tous les fournisseurs de modèles d’IA opérant en Europe, destinée à financer un fonds de soutien à la création culturelle et à offrir une sécurité juridique pour l’entraînement des modèles sur les contenus accessibles en ligne. Il défend également l’utilisation des marchés publics européens comme levier stratégique pour soutenir les entreprises technologiques du continent.
Convaincu que la transparence des modèles open source constitue une garantie de sécurité, il met en garde contre le risque de « deskilling », la perte de compétences humaines, lié à une dépendance excessive à l’IA. Il prône une décentralisation de la technologie pour permettre à chaque pays de préserver son autonomie numérique.
Distinctions
En 2024, Arthur Mensch est le seul Français à figurer dans la liste TIME100 du magazine Time dans la catégorie « Innovateurs ». Challenges le classe 45e fortune de France. En mai 2025, il est fait Chevalier de l’Ordre national du Mérite.