Mistral AI est une entreprise française qui développe des modèles d’intelligence artificielle générative. Fondée à Paris en avril 2023 par Arthur Mensch, Guillaume Lample et Timothée Lacroix, elle diffuse une partie de ses modèles sous licence ouverte (Apache 2.0), d’autres sous des licences restrictives ou par une API payante, et commercialise un assistant, Le Chat, rebaptisé Vibe en 2026. Elle a levé plusieurs milliards d’euros auprès d’investisseurs dont ASML et Samsung, et construit ses propres centres de données. Son rôle dans la négociation du règlement européen sur l’IA et ses accords avec Microsoft font débat. La société signe désormais « Mistral ».
Trois chercheurs et un vent du Midi
La société est immatriculée le 28 avril 2023 et tient son nom du mistral, vent froid de nord-ouest qui souffle dans le sud de la France. Arthur Mensch, son directeur général, a passé près de trois ans chez DeepMind, le laboratoire d’IA de Google. Polytechnicien comme lui, Guillaume Lample, directeur scientifique, compte parmi les créateurs du modèle LLaMA chez Meta, où Timothée Lacroix, normalien et directeur technique, était aussi chercheur.
En juin 2023, sans produit, la start-up lève 105 millions d’euros lors d’un tour mené par le fonds américain Lightspeed Venture Partners, auquel participent Xavier Niel, Eric Schmidt, ancien PDG de Google, et Rodolphe Saadé, PDG de CMA CGM. Cédric O, ancien secrétaire d’État au numérique, l’accompagne comme « conseiller cofondateur ». En décembre, Mistral AI emploie 22 salariés.
Des modèles téléchargeables, sous des licences qui varient
Le 27 septembre 2023, Mistral 7B, son premier modèle, est mis en téléchargement, notamment par un lien torrent, sous licence Apache 2.0. TechCrunch rappelle qu’un modèle téléchargeable n’est pas pour autant « open source » au sens strict, ses données d’entraînement restant privées. Mixtral 8x7B, en décembre 2023, puis Mixtral 8x22B, publié le 10 avril 2024 par un lien torrent, sortent eux aussi sous Apache 2.0. Mistral Large, en février 2024, n’est en revanche accessible que par une API payante, et Codestral, modèle de code présenté en mai 2024, inaugure une licence de « non-production » qui exclut les usages commerciaux.
Magistral, première famille de modèles de raisonnement, sort le 10 juin 2025 en version Small sous Apache 2.0 et en version Medium, non téléchargeable, proposée dans Le Chat et par l’API. En décembre 2025, la gamme Mistral 3 paraît sous Apache 2.0, tandis que Devstral 2, consacré à la programmation, relève d’une licence MIT modifiée, payante pour les entreprises dont le chiffre d’affaires mensuel dépasse 20 millions de dollars. Mistral Large 4 est en préversion depuis le 6 octobre 2026.
Le Chat, lancé en bêta le même jour que Mistral Large, devient Vibe fin mai 2026, avec trois modes : conversation, tâches en plusieurs étapes et programmation.
De la série A à plus de 21 milliards d’euros de valorisation
Le 10 décembre 2023, une série A de 385 millions d’euros, menée par Andreessen Horowitz avec BNP Paribas, Salesforce et Nvidia, valorise la société à près de deux milliards de dollars. En février 2024, Microsoft, qui distribue désormais ses modèles sur Azure, investit 15 millions d’euros. En juin, une série B de 600 millions d’euros menée par General Catalyst porte sa valorisation à environ 6 milliards d’euros.
Le 9 septembre 2025, Mistral lève 1,7 milliard d’euros. Le néerlandais ASML en apporte 1,3 milliard, devient le premier actionnaire avec 11 % du capital et obtient un siège au comité stratégique ; la valorisation atteint 11,7 milliards d’euros. Le 30 mars 2026, l’entreprise contracte auprès de sept banques son premier emprunt, d’environ 830 millions de dollars, pour acheter 13 800 processeurs Nvidia GB300 destinés à son centre de données de Bruyères-le-Châtel, dans l’Essonne.
Le 8 septembre 2026, Samsung, déjà actionnaire, mène une levée de 3 milliards d’euros avec le fonds Scaleup Europe, lancé par la Commission européenne, et PSG Equity ; ASML et Nvidia y participent aussi. L’AFP fait état d’une valorisation de plus de 21 milliards d’euros et de plus de 1 000 employés, presque deux fois plus qu’un an auparavant. En février 2026, Arthur Mensch revendiquait auprès du Financial Times un chiffre d’affaires annualisé de plus de 400 millions de dollars ; en septembre 2026, le directeur financier, Johan Bergqvist, juge l’entreprise en bonne voie pour atteindre un milliard d’euros de revenus annualisés.
Industriels, armées et centres de données
En janvier 2025, l’AFP ouvre ses dépêches à Le Chat pour répondre aux utilisateurs, sans qu’elles servent à l’entraînement. Le 4 mars 2025, l’Agence ministérielle pour l’IA de défense (Amiad) signe avec l’entreprise un protocole d’accord de recherche et d’industrialisation de produits pour les armées. CMA CGM s’engage en avril 2025 à dépenser 100 millions d’euros en cinq ans avec Mistral, et Stellantis, après dix-huit mois de projets pilotes, généralise en octobre 2025 l’usage des modèles de Mistral à l’ensemble du groupe.
Fin mai 2026, Airbus signe un contrat pluriannuel que La Tribune évalue à plusieurs dizaines de millions d’euros ; des partenariats avec BMW et ASML sont annoncés au même moment. Le 21 juillet 2026, Microsoft conclut un accord de « plusieurs milliards » de dollars, au montant exact non dévoilé, pour utiliser une partie des centres de données de Mistral.
Annoncée le 11 juin 2025, l’offre Mistral Compute propose une infrastructure de calcul complète, bâtie sur des architectures Nvidia. Le centre de Bruyères-le-Châtel, d’une puissance de 44 mégawatts, devait selon l’AFP entrer en service à la fin de l’été 2026. Le 11 février 2026, Mistral annonce 1,2 milliard d’euros d’investissement à Borlänge, en Suède, sur un site d’EcoDataCenter, pour 2027 ; Next juge ce montant élevé pour une puissance de 23 mégawatts. Le 17 février, l’entreprise rachète Koyeb, start-up parisienne spécialisée dans le déploiement d’applications d’IA, sa première acquisition, dont la plateforme doit devenir une brique de Mistral Compute. En mai suit l’autrichienne Emmi AI, qui conçoit des modèles de simulation pour l’ingénierie industrielle.
Lobbying, Microsoft et souveraineté en débat
À l’automne 2023, pendant la négociation du règlement européen sur l’IA, la presse rapporte que Mistral mène une campagne pour revenir sur l’encadrement des modèles de fondation voulu par le Parlement européen. L’entreprise dément vouloir bloquer la régulation, et Arthur Mensch plaide pour des règles strictes visant les applications. « Mistral AI fait du lobbying, c’est normal. Mais nous ne sommes pas dupes », déclare le commissaire européen Thierry Breton. En mars 2024, l’ONG Corporate Europe Observatory estime que Mistral et l’allemand Aleph Alpha ont, avec les géants américains, affaibli le texte, et met en cause le rôle de Cédric O.
L’accord avec Microsoft de février 2024 avive ces critiques, et la Commission européenne examine la prise de participation du groupe américain. En 2026, l’élargissement de ce partenariat et l’entrée de Samsung relancent le débat : pour l’AFP, le contrat avec Microsoft « met à mal la rhétorique de souveraineté » de l’entreprise, et Le Temps se demande en octobre si Mistral a « vendu son âme ».


